Martin Ndtoungou Mpilé : «Chaque match ressemblait à une finale»

Le Jour (10/02/2021) : Propos recueillis par Achille Chountsa mardi 23 février 2021 15:49 384

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Retro. Martin Ndtoungou Mpilé. Le sélectionneur des Lions Indomptables A’ fait le point de la participation de son équipe au Chan 2020. Des éclairages sur ce que le public n’a pas compris: l'indiscipline, les regret, les satifactions.

Comment vous sentez-vous après ce Chan 2020 qui s’est achevé dimanche 7 février dernier ?

Evidemment, quand on a fait un parcours aussi difficile, on y a laissé beaucoup de forces. C’est un peu le repos en ce moment. On récupère. On revoit le film de tous ces événements. Mais, l’essentiel en ce moment est de pouvoir se reposer et récupérer.

Quand vous vous reposez, en revoyant le film des événements, vous avez l’impression qu’il y a quelque chose que vous deviez faire et que vous ne l’avez pas fait ? Des regrets ?

Oui. Il y a souvent des regrets, parce qu’il y a des préparations de matchs qu’on pense avoir vraiment bien faite. Mais, par la suite, la réalité du match nous montre autre chose. A ce niveau-là, on a des regrets et on se dit : si on avait essayé ceci ou cela, on aurait pu passer. Mais, de toutes les façons, les regrets, c’est quand on se retrouve en demi-finales ; on pense que la finale est devant et après on rencontre un adversaire coriace et puis, la réalité nous montre autre chose. C’est un peu ça, le regret qu’on a.

Mais, il y a des points de satisfaction…

Ah oui ! Quand on sort en demi-finales en terminant 4ème d’un tournoi relevé comme celui-là, il y a des satisfactions, surtout que les conditions de préparation étaient particulièrement difficiles. Ce n’était pas évident au niveau de la sélection. Il fallait travailler avec les entraîneurs de clubs, pour avoir une idée parfaite du joueur ; il fallait faire appel aux connaisseurs du football pour pouvoir mettre en place quelque chose et dans un temps très limité. Aujourd’hui, après deux mois de travail, je crois qu’atteindre une demi-finale à ce niveau, c’est une satisfaction. Il y a certainement quelque chose qui a manqué aux Lions Indomptables A’.

A quel niveau est-ce qu’il a manqué l’équilibre dans votre équipe ?

Je crois qu’il nous a manqué les enchaînements dans le jeu ; c’est très important pour une équipe. Il nous a manqué également la finition. On n’a pas pu marquer les buts, avec les occasions propres qui se présentaient à nous. Mais, tout cela va rentrer dans les choses à revoir. Il y a tout un travail à faire encore au niveau de cette équipe, au-delà du résultat de la demifinale.

Avez-vous le sentiment qu’il y a eu un match un peu facile pour vous ?

Ah non ! Tous les matchs étaient difficiles. Dans ce tournoi, les équipes étaient tellement bonnes que chaque match ressemblait à une finale.

Quand vous voyez le Mali, le Burkina Faso, la Rdc, le Maroc…

C’était des matchs extrêmement difficiles. Vraiment, chapeau à toutes les équipes africaines. Il y a un réel niveau qui monte.

Quel est, selon vous, le match qui vous aura marqué le plus ?

Il y a le match contre la Rdc. Pour moi, je pense que c’est le match qu’on a le mieux dirigé. Les joueurs ont été assez réguliers pendant le match dans les efforts, dans la recherche des solutions et très disciplinés ; décidés à vaincre. C’est ça qui nous a permis de gagner. L’adversaire a été très difficile aussi. Mais, c’est le meilleur match qu’on a joué.

Et comment n’avez-vous pas pu reproduire la même chose contre le Maroc ?

Contre le Maroc, on a pris des buts qui m’ont paru faciles. On aurait pu éviter ces buts. Mais, ça arrive toujours dans une compétition. Il y a toujours des erreurs. Lorsqu’on fera le bilan, on verra ce qu’il y a à revoir dans cette équipe. On verra ce qu’il y a à perfectionner. Il y a cette question récurrente et qui fait encore des gorges chaudes.

Beaucoup de chose ont été dites. Pourquoi Jacques Zoua, qui a disputé le premier match, n’a-t-il plus joué, pourtant chaque fois, les médecins rassurait qu’il était prêt ? Pouvez-vous, avec du recul, nous expliquer ce qui s’est passé ?

J’ai sélectionné Jacques Zoua, parce que je connais ses qualités. Malheureusement, il a eu des soucis d’ordre musculaire pendant tout le tournoi. A certains moments, on voulait qu’il joue. Mais, ça ne répondant pas comme on l’attendait. On a même eu des séances de travail avec le kiné, pour que Jacques vienne nous aider. Mais, ça n’a pas été possible. Donc, pour moi, c’est un problème de santé qui a empêché pour qu’il soit permanent lors du tournoi. C’est tout.

On a parlé d’un problème de revendication de primes dont il a été le leader et qui aurait poussé le staff à l’écarter. Qu’en dites-vous ?

En fait, c’était le véritable leader du groupe. Il a passé le temps à conseiller ses petits frères. Il a été correct pendant tout le tournoi vis-à-vis de ses collègues. Il n’a jamais revendiqué de primes. J’estime que tout ça, c’est de la calomnie. Et je dis encore que c’est un problème de santé qui a empêché Jacques de jouer.

Par contre Yannick Ndjeng, on ne l’a pas vu comme on espérait…

Lui, a fait des apparitions. Il a joué des matchs, trois fois. C’était satisfaisant. Mais, après, il y a des choix. On remplace un joueur pour mettre un autre, parce qu’on pense que l’équipe peut mieux se porter. Donc, la gestion de Ndjeng a été à l’image de celle de tout le groupe. Il n’y avait pas de particularité.

Et il a mal terminé la compétition avec ce comportement agressif envers ses encadreurs…

Des cas d’indiscipline, on les vit parfois dans l’équipe. Il y a un règlement prévu à cet effet. Nous avons tout juste appliqué le règlement. Mais, ce garçon, je le connais bien depuis l’enfance (Ndjeng a été formé depuis l’âge de 10 ans à l’Académie Espoir par Ndtoungou, ndlr). Il a regretté son geste. Je crois qu’il est revenu à de meilleurs sentiments.

D’aucuns vous reproche d’avoir changé votre équipe à tous les matchs. Qu’est-ce qui pouvait expliquer cela ?

Si vous regardez bien, c’était autour de deux ou trois éléments. Pas plus. Ce qui est normal lorsqu’on constate qu’il y a des failles dans certains compartiments. Mais, l’ossature est restée la même. C’est pratiquement la même défense qui a joué du début à la fin. Au milieu de terrain, c’était le même. Parfois, c’est Tchuente qu’on changeait au profit d’Onana. Mais, en fait, l’équipe est restée stable. Par exemple, le gardien de buts a joué tous les matchs, Banga, Etame, Oukine, Ako… ils ont joué tous les matchs. L’ossature était là et en fonction de la forme des joueurs, on modulait souvent autour de deux ou trois joueurs.

Qu’est-ce qui peut expliquer le fait qu’au deuxième match de poule contre la Mali, on a mis Etame au banc au profit de Ndedi, qui n’a pas tenu une mi-temps avant d’être remplacé ?

Il a y a eu de petits soucis avec Etame. J’en ai parlé avec le médecin. La santé d’un jouer, je ne vais pas la dévoiler en public. Mais, par la suite, il est revenu dans le match et a heureusement tenu bon.

Ndedi lui-même semblait blessé…

Oui. Il était lui-même prêt. Il était dans la liste des 23, parce que les médecins nous ont dit qu’il pouvait déjà jouer. On l’a mis et par la suite, la blessure s’est ouverte et on a dû le changer. Il nous est revenu que l’environnement autour de vous n’a pas été très sain, pour que les joueurs soient concentrés.

En tant que le patron de cette équipe, comment avezvous permis qu’il y ait ces interférences ?

Il n’y a pas eu d’interférences. Les personnes qui venaient autour de l’équipe étaient par exemple les anciens Lions. Ils venaient encourager les joueurs. Le ministre était toujours autour de l’équipe pour encourager les joueurs ; le président de la Fédération aussi. En dehors de ceux-là, on a vraiment limité au strict minimum les visites. Et les quelques visites, c’était la mère d’un joueur, juste pour quelques minutes. Mais, l’équipe n’était pas ouverte à tout le monde en dehors de ceux dont j’ai parlé et ce n’était pas tous les jours.

Il nous est revenu que pour le match contre le Maroc, les joueurs ont dormi tard et on est revenu les réveiller pour des séances de prières ou autres…

En fait, il y a eu une messe. Et après ça, tout le monde est allé de coucher. A ma connaissance, je ne sais pas s’il y a des joueurs qui sont sortis en pleine nuit. Je ne suis pas au courant.

Et comment avez-vous trouvé le public ?

Je dois le dire, le public a été fantastique. J’ai vu ici à Yaoundé, du premier match jusqu’à la qualification, un public qui nous a accompagnés. On est allé ensuite au stade de Japoma où on a joué un match
contre la Rdc. Le public a été formidable. A Limbé, malgré la défaite, le public était là, présent. De façon globale, je dis merci au public pour son accompagnement. On aurait pu encore bénéficier du soutien de ce public. Malheureusement, on est sorti en demi-finales.

Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous deviez démissionner ?

Nous tous, chacun en ce qui le concerne, est au service de l’Etat. Lorsque l’Etat fait appel à vous, parce qu’il pense qu’en ce moment-là, vous pouvez remplir certaines missions. Et je l’ai dit, c’est à l’Etat de décider. C’est lui qui a fait appel à moi et je reste à sa disposition.