Karl Toko Ekambi : « Moi, je m’en fous »

L'Equipe : VINCENT DULUC jeudi 27 août 2020 16:54 1356

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Ciblé par les critiques après ses occasions manquées face au Bayern en demi-finales de la C1, l’attaquant lyonnais assure ne pas être perturbé et préfère retenir le « beau parcours » de l’OL.

Il a été l’un des personnages centraux de la demi-finale de Ligue des champions Bayern-OL (3-0, le 19 août), avec un tir sur le poteau de Neuer et un duel perdu, deux occasions dont on parle encore, et dont on lui parlera longtemps. Arrivé dans le Rhône en janvier, Karl Toko Ekambi, qui aura 28 ans dans deux semaines, a signé un contrat de quatre ans avec l’OL, cet été, après que le club lyonnais a levé l’option auprès de Villarreal (11,5 M€ plus bonus). À la veille d’OL-Dijon, il revient sur cette période particulière.

« Une semaine après la demi-finale de la Ligue des champions face au Bayern, qu’en reste-t-il ? Le bonheur, la fierté ou vos occasions manquées ?
C’est d’abord le bonheur et la fierté d’avoir joué une demi-finale de Ligue des champions, que le club n’avait pas jouée depuis dix ans. Personne ne nous attendait là-bas. Malheureusement, après cette demi-finale, les gens ont été plus déçus qu’heureux, alors qu’ils devraient être heureux pour le football français et pour le club.

Vous trouvez vraiment que les gens ont été déçus ?
Oui, il y a eu plus de critiques que d’éloges, à la fin du match, notamment de la part des journalistes français.

Plus que des critiques, c’était sans doute une manière de dire que vous n’étiez pas loin ?
Non, je trouve que c’était trop poussé, notamment envers moi, d’ailleurs. Quand c’est moi, les occasions loupées, c’est moi qui ai eu des ratés, c’est l’OL qui a vendangé, et quand c’est le PSG, c’est Neuer qui a été grandiose. Neuer a fait les mêmes arrêts dans les deux matches, mais les commentaires n’ont pas été les mêmes, c’est assez dommage. C’est comme ça, c’est la vie, mais nous, on est très heureux de notre parcours.

Est-ce que vous pouvez nous détailler ces deux occasions ?
Non. Je ne suis pas venu pour parler de ces occasions, franchement.

C’est un événement marquant de la saison de foot, même d’une carrière…
Il faut arrêter, un peu. On a fait un beau parcours, c’est ce qui compte. Je suis même heureux que ça tombe sur moi, parce que les commentaires qui ont été faits peuvent déstabiliser un joueur. Alors que moi, je m’en fous. Donc, oui, je suis très heureux que ce soit tombé sur moi, parce que je sais passer à autre chose. Mais c’est dommage que l’OL soit parvenu en demi-finales et que les gens parlent mal…

Mais les jours qui ont suivi ont été heureux ou difficiles ?
Le soir même, déjà, c’était un jour heureux. On venait de jouer une demi-finale contre le Bayern Munich, le futur champion, et c’est inoubliable. On a profité à fond, on a pris de l’expérience. Pour ceux qui comme moi ont gagné des compétitions (*), c’est quelque chose de fort qui s’ajoute à ce qu’on a vécu. Et on a montré un beau visage.

Vous avez pu regarder la finale sans vous dire que vous auriez pu être là ?
Oui, parce que c’est comme ça, il y a des gagnants et des perdants. Parce que c’est une finale. Et parce que j’aime le foot.

Cela reste un parcours particulier d’être titulaire en demi-finales de la Ligue des champions sans être passé par un centre de formation, en ayant arrêté le foot pendant deux ans…
Oui, c’est pour cela que je serai toujours heureux à la fin d’un match, parce que je sais où j’étais, je sais où je suis et par où je suis passé. Je sais à quel point c’est difficile d’en arriver là : rien ne peut me faire flancher, rien ne peut me traumatiser.

Qu’avez-vous fait pendant les deux années où vous arrêtez de jouer, à 14 ans ?
J’ai profité de mes amis, de ma famille. Bon, ce n’était pas deux ans, plutôt un an et demi, parce que j’ai repris six mois au FC Gobelins (désormais Paris 13 Atletico), le club de mon quartier, dans le XIIIe, avant de revenir au Paris FC. Je jouais au foot en salle, le mardi, le vendredi, au gymnase Marcel-Cerdan, dans mon quartier. Rien de spécial, quoi. Chacun son parcours. Celui-là, c’était mon destin.

Quel a été le moment décisif ?
Quand je suis revenu au Paris FC : j’ai fait six mois avec les moins de 19 ans nationaux, puis la réserve, et après en National. On ne m’attend jamais, et j’aime ça. Les critiques, c’est ma force. Si tu ne me critiques pas, c’est que tu ne me calcules pas. Donc je prends le bon dans la critique.

Mais vous n’avez quand même pas aimé la critique sur les occasions…
Parce que ça dévalorisait le parcours de l’OL et le football français, alors qu’on était en demi-finales de la Ligue des champions, avec le Paris-SG.

Vous évoquez parfois la manière dont vous avez “cassé des portes” pour arriver là. C’est quoi, la prochaine porte à casser ?
L’équipe de France ! (Rires.) Je ne sais pas, sérieusement. Je cherche à progresser, à aider mes coéquipiers, et ça viendra tout seul. Tout ce qui m’est arrivé n’a jamais été prévu. Je suis un challenger, et je n’ai pas envie de m’arrêter là. J’ai envie de continuer à travailler, à tomber, à me relever

Vous évoquez parfois la manière dont vous avez “cassé des portes” pour arriver là. C’est quoi, la prochaine porte à casser ?
L’équipe de France ! (Rires.) Je ne sais pas, sérieusement. Je cherche à progresser, à aider mes coéquipiers, et ça viendra tout seul. Tout ce qui m’est arrivé n’a jamais été prévu. Je suis un challenger, et je n’ai pas envie de m’arrêter là. J’ai envie de continuer à travailler, à tomber, à me relever.

Cela va être difficile, cette saison à un match par semaine, sans coupe d’Europe ?
Oui, c’est frustrant, parce qu’on a été le seul grand Championnat à ne pas finir, qu’il restait beaucoup de points à prendre, et que je suis sûr que cela se serait bien passé. Mais il faut regarder vers l’avant. Ce seul match par semaine, il faut le prendre avec la rage, avec les dents, pour ne pas avoir à se plaindre dans un an.

Comment on passe en une semaine d’une demi-finale de Ligue des champions à OL-Dijon, ce vendredi soir ?
Il faut qu’on passe intelligemment. Qu’on prenne Dijon comme si c’était le Bayern, et qu’on se focalise sur notre jeu, sur notre état d’esprit. Si des gens sont inquiets, je peux les rassurer : nous, on ne l’est pas, on sait ce qu’on a à faire. On n’a même pas encore joué que les gens doutent déjà. Nous, on est sûrs de nous, prêts à faire un gros match. »