Françoise Mbango veut pallier à la modicité de L’Injs

Source : Le Jour mardi 25 août 2020 15:16 1216

CAMEROUN :: Françoise Mbango veut pallier à la modicité de L’Injs :: CAMEROON

Education et formation. L’établissement créé par la double médaillée d’or olympique ouvre ses portes le 05 octobre prochain à Yaoundé.

Après avoir remporté sa deuxième médaille d’or olympique au triple saut (15,39m) en 2008 à Beijing, Françoise Mbango avait disparu des radars. Après sa retraite internationale, beaucoup d’observateurs lui prédisaient une reconversion dans l’encadrement technique des athlètes en tant que coach. Françoise Mbango mûrissait plutôt quelque chose de plus grand, un projet dans l’éducation et la formation. « J’ai toujours pensé que, pour ce que j’ai appris au sport et l’expérience que j’ai accumulée en 15 années de haut niveau, être coach serait réducteur pour moi. J’ai longtemps réfléchi et j’ai eu cette idée divine sur ce que je pouvais apporter comme héritage à la jeunesse camerounaise.

D’un autre côté, je me suis rendu compte d’une réalité que, lorsqu’on parle de sport, beaucoup de personnes pensent à l’action physique sur le terrain. Mais, le sport en luimême est une science. Aujourd’hui, je prends sur moi d’ouvrir cet Institut François Mbango. C’est justement pour aider les jeunes, les éduquer à ce que c’est que les sciences du sport. Il y en a beaucoup qui veulent devenir des champions comme moi ; mais aussi, il y en a qui aiment le sport, mais n’ont pas des capacités pour être des champions. Mais veulent travailler dans ce domaine », a déclaré la double championne olympique hier, 20 août 2020, au cours d’une conférence de presse qu’elle a donnée dans la salle des conférences du stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé.

La déclaration était alors forte que tout le monde s’est empressé de savoir quelles seront les modalités ou les critères pour y accéder et où est située cet Institut des sports et de l’Education physique Françoise Mbango (ISEP-FM), qui ouvre ses portes le 05 octobre 2020.

La qualité de la formation et les débouchés qu’offrent les diplômes obtenus de l’ISEP-FM intéressant les sportifs et tous ceux qui tournent autour du sport en général. L’ISEP-FM étant alors une grande première au Cameroun et en Afrique centrale. Il offrira à ses étudiants des formations professionnelles adaptées ; dans la formation des sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps).

L’accès à cet Institut, pour l’ouverture se fera sur étude de dossier, avec pour première condition, être titulaire d’un baccalauréat toute série. A l’issue de l’une des formations, l’on peut devenir, avec un Bts, manager du sport, manager événementiel, enseignant d’Eps. Les diplômes étant le CAPEPS 1 (certificat d’aptitude au professorat d’éducation physique et sportive 1er cycle) ou Mpeps (Maîtres principaux d’éducation physique et sportive). Cette initiative privée, qui vient palier à un besoin, est placée sous une double tutelle, à savoir le ministère de l’Enseignement supérieur et le ministère des Sports, qui valident les diplômes. « Voilà pourquoi dans la structure, nous allons former dans l’éducation physique et sportive, ceux qui vont être des professeurs d’Eps, des entraîneurs et aussi ceux qui deviendront des managers et pourront travailler dans des structures et organisations sportives ou dans des infrastructures sportives », a indiqué la promotrice, qui rassure du soutien de l’Etat et de son entourage constitué d’experts.

L’ISEP-FM vient répondre à ce besoin de formation en matière de sport et des activités connexes. « Ce n’est pas seulement pour former des jeunes à être des sportifs de haut niveau. Nous formons des jeunes qui vont être des enseignants d’éducation physique ou des entraîneurs ou encore des managers dans le domaine du sport. Il y a beaucoup d’établissements scolaires qui n’ont pas d’enseignants d’Eps. De même, la gestion des infrastructures sportives, leur entretien, l’organisation des événements nécessitent un savoir-faire, une formation en management ».

L’Injs seule n’ayant plus la capacité de satisfaire à ces multiples besoins. Le campus de l’ISEP-FM est situé à Yaoundé, au quartier Mvan, au lieu-dit avant le deuxième échangeur, à 100 m de la grande route.

Achille Chountsa

Interview
“Former les futurs managers des sports”
Françoise Mbango. La promotrice de l’Institut éponyme rassure quant à la qualité de la formation qui sera dispensée et les débouchés qui suivront pour les diplômés. Elle pose aussi un regard sur le sport camerounais.


Qu’est-ce qui vous a motivé à ouvrir cet institut des sports à Yaoundé ?

Le plus important pour moi est de pouvoir laisser un héritage pour la jeunesse. Les jeunes pourront y être formés en activités physiques et sportives (Staps), en management du sport et d’autres filières des métiers liés au sport. Je voudrais bien voir les jeunes affluer dans cet institut pour apprendre et se former dans plusieurs filières que nous mettons à leur disposition.

On connaît la double médaillée championne olympique et là, vous vous lancez maintenant dans la formation des formateurs. Etait-ce une urgence pour vous ?


C’est quelque chose d’important pour moi et de primordial, surtout pour les jeunes qui veulent entrer dans les domaines des sciences et des techniques des activités physiques et sportives. C’est pour moi une occasion, une opportunité de donner à ceux-là qui n’ont pas encore eu l’opportunité de pouvoir se former dans le milieu Staps de pouvoir venir à l’Institut Françoise Mbango pour se former. Je peux leur rassurer la meilleure formation possible ; il y a du sérieux dans la formation que nous allons dispenser. Ainsi, nos établissements scolaires pourront avoir des enseignants d’Education physique bien formés. Nos structures sportives telles que nous sommes en train de construire aujourd’hui avec des stades, il faut des responsables certifiés et qualifiés pour pouvoir les gérer. Voilà pourquoi nous allons ouvrir l’Institut Françoise Mbango, pour former les futurs managers d’organisations sportives et des infrastructures sportives. Donc, urgence, oui, quelque part. Mais surtout l’important, c’est là.

Vous n’êtes pas à votre premier projet. Où en êtes-vous ?

Nous avons commencé avec Africa jump de la Fondation qui porte mon nom. Nous avons commencé avec le projet training camp pour sélectionner des enfants qui ont du talent, pendant les Jeux scolaires et j’ai déjà organisé trois éditions de training camp. Des camps d’entraînements où je fais venir des entraîneurs qualifiés de l’étranger pour le Cameroun qui accompagnent les enfants ; Il y a aussi le projet Cheer the knowlege qui me permet d’offrir des bibliothèques en anglais dans les établissements scolaires. J’en ai déjà fait dans trois régions. Dans les régions du Centre et de l’Est, nous avons donné beaucoup de livres, plus de 10.000 livres en anglais que nous avons offert aux établissements scolaires pour renforcer le bilinguisme et surtout le multiculturalisme.

Vous avez remporté deux médailles olympiques et depuis, plus rien. Que se passe-t-il avec l’athlétisme camerounais ?

Les athlètes camerounais font de leur mieux. Mais, ils peuvent beaucoup améliorer leurs potentiels. Mais, le problème est un peu ailleurs. C’est la raison pour laquelle j’ouvre cette structure. Il faut des entraîneurs bien formés ; des personnes qui connaissent le monde su sport ; qui comprennent que le sport n’est pas seulement l’action physique mais surtout une science, une étude. Il faut comprendre le sport, le savoir.

L’athlétisme camerounais meurt aujourd’hui, parce qu’il y a beaucoup de manque de savoir-faire, de connaissance. Je ne parle pas seulement de l’athlétisme. Notre sport souffre vraiment. Les filles, les Lionnes Indomptables étaient tout près de remporter la finale de la Can 2016 ici au Cameroun. Nous avons perdu, parce qu’il manque quelque chose. Les garçons ont fait des exploits en 1990. Pourquoi est-ce qu’on n’a plus atteint ce niveau ? L’équipe de football du Cameroun est capable de gagner la Coupe du Monde de football. Elle en est capable, croyez-moi. Maintenant, il y a des personnes autour de toutes ces structures, qui doivent avoir la qualification pour y être. C’est pourquoi, nous voulons travailler dans notre institut, former réellement des gens, sachant que, que ce soit dans l’encadrement, l’entraînement, et même de l’administration du sport, que demain ou après-demain, on n’entende pas toujours ce qu’on a souvent suivi : « la délégation est partie la veille ; il n’y a pas d’argent… ». Il s’agit d’une méthode de gérance du sport et même de gestion du sportif de haut niveau qu’il faut savoir faire. Voilà autant de filières que nous allons enseigner.

Et le triple saut ?

Le Cameroun a du potentiel sur le triple saut. Il y en a même qui aurait pu faire aussi bien que moi. Mais, le problème est dans la gestion des sportifs. Pour moi la meilleure approche pour régler ce problème est que les gens soient informés, capables ; C’est pour ça que je rentre dans la formation. Il y en a avec du talent, mais ne savent pas quoi faire. On ne sait même pas gérer le sportif. Parfois l’administration ne comprend pas toujours.

Propos recueillis par A.C