Roger Milla : “Je suis vraiment très en colère”

Source : Le Jour lundi 3 août 2020 08:27 803

CAMEROUN :: Roger Milla : “Je suis vraiment très en colère” :: CAMEROON

Stephen a été un très bon capitaine. Il a été non seulement un très bon capitaine, mais un très bon homme. Un homme sérieux. Et de temps en temps, comme tout le monde, il pouvait aussi piquer une colère. Mais, il n’y avait pas de mon côté ou de celui des autres joueurs de l’équipe nationale, quelque chose à lui reprocher. Sauf que ces derniers temps, il y a un ou deux ans, il s’est un peu égaré de sa famille du football pour aller vers les gens qui ont prétendu lui donner ciel et terre. Malheureusement, il s’en va sans avoir eu ni ce ciel, ni cette terre-là.

C’est ça que nous avons toujours déploré et nous continuerons à le faire. C’est inadmissible que Stephen travaille à la Fédération camerounaise de football et personne n’a pu le convaincre là-bas pour l’amener à l’hôpital. Personne ! Chaque fois qu’il a souvent eu des soucis de santé, c’est nous les anciens Lions Indomptables, qui nous sommes occupés de lui ; je suis vraiment déçu de cette manière de faire. Il est mort à la maison. Cela signifie qu’il ne voulait pas aller à l’hôpital.

Comment peut-on laisser quelqu’un malade, abandonné à son sort sans l’amener à l’hôpital ? Même s’il fallait le prendre de force pour l’hôpital. Je crois que la fédération pouvait le faire ; appeler le Samu pour qu’on aille chez lui le transporter pour l’hôpital. Personne n’a pu le faire. C’est maintenant que les gens racontent n’importe quoi, des histoires. Non ! Nous sommes fatigués de tout ce monde-là. Je crois qu’il faut nous respecter ; et comme nous le disons toujours, laissez-nous gérer notre football, parce que nous savons ce que c’est. Si c’est nous qui étions là, Stephen ne serait pas parti comme ça. Jamais. Je suis vraiment très en colère et très déçu par cette situation. D’ailleurs, il n’y a pas que moi. On a des messages qui viennent de partout, des Etats-Unis et d’ailleurs. On m’appelle pour me poser la question de savoir comment ça peut se faire, comment c’est possible. Je l’ai dit avant-hier (vendredi dernier, ndlr) au secrétaire général de la Fédération camerounaise de football, que nous ne sommes pas contre la Fédération. Mais nous ne pouvons pas accepter que la Fédération néglige les anciens footballeurs et s’occupe pas d’eux. Nous ne pouvons jamais accepter cela.

Tataw était directeur administratif-adjoint des équipes nationales. Ce moi qui avais vu le ministre (des Sports, ndlr) Mbarga Mboa, pour qu’on le mette là-bas, parce que c’est Ndip Akem qu’on voulait nommer à ce poste. J’ai dit non, ça risque de jaser un peu. Mettez d’abord Tataw. Pour Ndip, on peut le mettre entraîneur. Et je crois qu’on l’a même fait un moment. Après, on l’a enlevé directeur administratif-adjoint des équipes nationales pour l’envoyer à la Fédération. Pour faire quoi ? Pour aller être un coursier. Est-ce que c’est normal ça, qu’on envoie Stephen à la Briqueterie pour acheter du soya ? Il est là, à la Fédération, caché, personne ne sait ce qu’il y fait.

Ça, c’est le 4ème (ancien Lion, ndlr) que nous perdons. Après Mfedé, il y a eu Massing Benjamin, Abega et maintenant, c’est Tataw. Ce n’est du tout pas normal. Nous demandons à tout le monde, ceux qui ont connu Tataw, qu’ils soient amis ou pas, de participer pour que nous puissions l’enterrer dans la dignité. C’est un monsieur ; il a été un monsieur et le restera. Nous comptons sur tout le monde. Nous allons tenir une réunion entre nous, les anciens joueurs du Calif (Collectif des anciens Lions Indomptables du football) pour préparer le programme des obsèques de Stephen.

Nous attendons que Ndip Akem nous appelle pour nous dire si son grand-frère est d’accord avec nous, si la famille est d’accord avec nous ; comme ça, nous nous mettrons au travail. Et comme je le fais depuis une dizaine d’années, je vais écrire au chef de l’Etat, pour qu’il nous vienne en aide, comme il l’a toujours fait. Je le dis encore, c’est le chef de l’Etat qui nous a toujours accompagné dans les deuils de ces anciens Lions-là ; toujours. Je fais souvent la correspondance ; je mets le nom et le contact de l’épouse du défunt, s’il est marié. Et lorsque le chef de l’Etat fait le geste, son épouse est appelée à la présidence.

Et comme Stephen n’avait plus de femme, il y a sa fille qui est gendarmette dont le nom et le numéro de téléphone seront communiqués et quand on va l’appeler, elle viendra chercher ce que le chef de l’Etat a donné. Nous comptons sur le chef de l’Etat, comme il a toujours su le faire. Avec lui, il n’y a aucun souci.