Stephen Tataw : Captain is no more

Le Jour : Achille Chountsa lundi 3 août 2020 08:04 935

CAMEROUN :: Stephen Tataw : Captain is no more :: CAMEROON

L’ancien arrière droit des Lions Indomptables est décédé ce vendredi, 31 juillet 2020 à Yaoundé des suites de maladie.

La dernière fois où Stephen Tataw est apparu en public, c’était le 17 février 2020 au palais polyvalent des sports de Yaoundé. C’était à l’occasion de la cérémonie du tirage au sort du Chan 2020 organisé par la Confédération africaine de football. Stephen Tataw et Salomon Olembe, deux anciens Lions Indomptables de deux générations (1990 et 2000) ayant fait vibrer le peuple camerounais, avaient été choisis pour effectuer le tirage.

C’est Stephen Tataw qui portait le trophée du vainqueur de cette compétition qui va se disputer au Cameroun. Seulement, le public a gardé une image de l’ancien capitaine des Lions Indomptables, amaigri, pas très alerte dans le pas qu’on lui connaissait avant, vêtu d’un costume qui cachait mal la souffrance et la misère dans laquelle vivait cet ancien footballeur de renom au Cameroun. Vendredi, 31 juillet 2020 a été le jour fatal. Dès la matinée, la nouvelle de son décès a commencé à circuler sur les réseaux sociaux. Une nouvelle démentie d’ailleurs par d’autres acteurs du football, dont la Fécafoot, à travers un tweet de son service de communication, indiquant que l’ancien Lion Indomptable se portait très bien.

Personne n’était finalement n’avait la bonne information. Mais, on le savait malade et dans un état inquiétant depuis quelques temps. Plusieurs de ses anciens coéquipiers et proches ont confirmé cet état de santé préoccupant. Mais, personne n’était capable de dire où se trouvait captain Stephen Tataw. « Il décroche difficilement le téléphone », lisait-on sur les foras. Personne ne savait où il se trouve ; même pas à la Fédération camerounaise de football (Fécafoot), son employeur, puisqu’il avait été affecté du service des compétitions pour la Direction technique nationale où, en tant qu’employé cadre du secrétariat général de la Fécafoot, il occupait le poste de chargé du suivi des sélections nationales.

Même sa famille entretenait aussi le mystère autour du lieu où se trouvait Stephen Tataw. Sa fille, gendarmette, n’a pas donné de réponse exacte à des confrères qui l’on appelée pour avoir des nouvelles de Stephen Tataw. C’est finalement autour de 13h que la confirmation du décès de Tataw Stephen a été faite. Mais, la nouvelle était tellement triste que certaines personnes n’y croyaient pas. Mais Stephen Tataw est bel et bien mort. Le plus curieux est qu’il a rendu l’âme à son domicile, au lieu-dit Dragages, à Mballa II.

Mort à la maison

Tout le monde a pourtant vu captain Stephen Tataw s’éteindre à petit feu. Cette mort à domicile est alors la traduction de la situation de précarité dans laquelle vivait l’ancien capitaine des Lions Indomptables des années 1990. C’est de façon stoïque que Stephen Tataw a choisi de vivre ses derniers instants de misère sur terre, en raison de plusieurs frustrations vécues, malgré son statut et la personnalité qu’il a été, dans la défense des couleurs du Cameroun. Tenez :

« En quatre ans et demi passées au département des compétitions internationales de la Fécafoot, je n’ai pas souvenance que Tataw Stephen soit allé une seule fois en mission à l’étranger. Une situation qu’il vivait mal, en sourdine, jusqu’à son décès ce jour », témoigne un ancien employé de la Fécafoot. « Il est finalement parti. Il mérite bien ce repos. C’est bien dommage que de son vivant, une telle légende ait bien pu mériter ce beau cadeau que son pays lui a donné : l’indifférence, l’abandon, le mépris. Gagné par l’indigence, confiné et contraint à une presque réclusion, le capitaine Tataw s’est ruiné et s’est vu consumer comme si on tirait un cynique plaisir à jeter la légende dans la fosse incandescente (…) Bientôt, vous verrez l’élite dirigeante se saisir de ce décès pour tout payer : factures de la morgue, de l’hôpital (au cas où), des obsèques. Alors que le défunt croupissait dans une misère hétéroclite », analyse Valentin Ateba, écrivain et acteur du sport.

« J’avais l’impression qu’il n’était que coursier et très réservé, taciturne. Stephen Tataw avait l’air stoïque jusqu’à la fin de ses jours (…) Que de remords pour la fin misérable d’une vie. Avec la disparition de ton épouse il y a deux ans, c’était davantage difficile, comme si le ciel te tombait dessus ! Voilà que tu t’es éteint à petit feu, sans crier, ni gémir, stoïquement avec dignité dans ta précarité », témoigne Armande Woyéyé, actrice du sport.

Un record de deux Coupes du monde successives comme capitaine d’une sélection nationale

Le Cameroun perd ainsi une de ses icônes de football. Celui qui a su bien porter ce brassard de capitaine des Lions Indomptables. Bien porter ce brassard comme joueur sur le terrain et comme leader, rassembleur et meneur d’hommes. Stephen Tataw est rentré d’ailleurs dans l’histoire comme le footballeur ayant porté le brassard de sa sélection nationale à deux Coupes du Monde consécutives, en 1990 en Italie et en 1994 aux Etats-Unis. L’on a en mémoire ce parcours qui est resté gravé dans les mémoires, dans les annales du football camerounais en 1990 où les Lions Indomptables avaient atteint les quarts de finales de la Coupe du Monde, avant de se faire éliminer par l’Angleterre. Une première pour un pays africain.

Stephen Tataw assurait bien son rôle de capitaine de l’équipe nationale. Avec son physique d’athlète, il a continué à tenir ce rôle jusqu’au mondial Américain aux Etats-Unis en 1994 où l’aventure a tourné court, avec cette sortie au premier tour du Cameroun. Jusqu’à ce qu’il quitte la sélection nationale, il s’avère être le capitaine qui a su avoir le plus la maîtrise de son groupe. Et jusqu’à ce qu’il décède, l’on a toujours eu de l’estime pour cet arrière droit aux 43 sélections en équipe nationale.

C’est d’ailleurs en 1988 que Claude Leroy, à lors sélectionneur des Lions Indomptables, le titularise à la Can au Maroc. L’on se souvient alors de ce footballeur athlétique sur le côté, avec ses tacles glissés avec lesquels il neutralisait les attaquants. Aziz Bouderbalah, le virevoltant attaquant marocain, en sait quelque chose. Tataw avait largement contribué au sacre des Lions Indomptables à cette Can 1988. Celui qui s’était distingué par ses longues rentrées de touche est l’un des joueurs ayant démontré qu’il ne suffit d’être professionnel pour arracher une place de titulaire au sein de la sélection nationale. Pendant ces moments de gloire, il était sociétaire de Tonnerre kalara club (Tkc) de Yaoundé (1986 – 1990), avant de déposer par la suite ses valises au sein de la grande équipe d’Olympique de Mvolyé (1991 – 1994).

Mais, après la Coupe du Monde 1994, Stephen Tataw s’est expatrié en marquant un grand coup. Il a choisi le club Sagan Tosu (1995 – 1996), devenant alors le premier Africain à évoluer au championnat professionnel du Japon. Revenu au Cameroun dans les années 1998-2000, Stephen Tataw s’était reconverti dans les affaires, et même spécialisé dans la vente des véhicules grosses cylindrées. Il n’aura pas beaucoup de bonheur en faisant faillite. La seule porte qui s’offrait à lui était de se rapprocher de l’administration du football. Il fut nommé directeur administratif-adjoint des équipes nationales à un moment, avant d’être débarqué et passait désormais son temps dans les couloirs de la Fécafoot. Il est mort à 57 ans (né le 31 mars 1963 à Yaoundé).