Footballeuses professionnelles camerounaises : Ces destinations qui intriguent

Cameroon Tribune : Josiane R. MATIA jeudi 16 juillet 2020 12:52 696

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Les pays d’Europe de l’Est et d’autres championnats dits exotiques sont désormais les points de chutede nombreuses joueuses, en quête de meilleures conditions.

Les débats sont houleux sur les réseaux sociaux évidemment, ces derniers jours sur le cas « Charlène Meyong Menene ». Entre surprise, déception et désapprobation, les réactions sont parfois violentes à l’égard de la jeune footballeuse annoncée à la Croix Blanche Angers Football. Un club français… de Régional 1 (3e division). « Pour elle, c’est l’occasion de démarrer quelque part. Elle peut en profiter pour se faire remarquer par des équipes mieux loties », assure Emile Zola Nde Tchoussi, journaliste sportif.

Les camps qui s’opposent sont toutefois d’accord sur un point : vu le talent de la capitaine de Louves Minproff, considérée d’ailleurs comme la meilleure joueuse du championnat local, elle aurait pu s’offrir mieux. Un constat général qu’on ne peut d’ailleurs pas s’empêcher de faire en jetant un regard panoramique sur les destinations privilégiées de nombreuses footballeuses camerounaises, principalement les espoirs de la relève : Albanie, Biélorussie, Chypre, Finlande, Israël, Roumanie. On en retrouve même en Asie. Des pays qui ont supplanté la Guinée équatoriale, le Nigeria, la Russie et la Turquie, jusqu’alors les points de chute les plus sollicités par de nombreuses joueuses. Par exemple, Claudia Dabda, internationale U17 et U20, convoquée chez les Lionnes, a signé en avril dernier au Dinamo Minsk (Biélorussie) où elle est titulaire. Mpeh Bissong, aperçue également chez les Seniors, est depuis quelques semaines au MKS Olympia en Pologne.

Des choix qui étonnent quand dans le même temps, certaines « anciennes » continuent d’intéresser des clubs plus compétitifs à l’instar de Christine Manie ou encore de Marlyse Ngo Ndoumbouck qui évoluent en 2e Division française. « On surestime le niveau de notre championnat. Malgré tous nos talents, combien de filles peuvent prétendre à des places dans les grandes écuries européennes ou américaines ? Celles qui arrivent à signer en Espagne ou dans des championnats compétitifs ont aussi parfois de la peine à se faire une place. Et contrairement à ce qu’on croit, ces pays dits exotiques sont parfois très bien structurés », martèle un « intermédiaire » sous anonymat. Une réalité existe : les filles ne savent pas se vendre ou sont très mal entourées. Et ça se paye cash au niveau professionnel où la communication et la médiatisation des championnats sont indispensables. « Les matchs du championnat local ne sont pas couverts. Tu vas te présenter devant un recruteur de Lyon ou du PSG avec quoi ? », s’interroge Emile Zola Nde Tchoussi. Sans oublier les soucis administratifs qui peuvent faire rater des contrats intéressants.

Dans l’équipe présente au Mondial 2019, Estelle Johnson pouvait apparaître comme la mieux lotie à Sky Blue Fc (USA), club engagé dans le championnat d’élite américain. Même les stars de la sélection nationale que sont Gabrielle Aboudi (CSKA Moscou, Russie) et Nchout Ajara (Valerenga, Norvège) évoluent dans des pays moins bien classés en termes d’indice de valeur par rapport à la France, l’Espagne ou l’Angleterre. « Cela a forcément joué lors du titre de la meilleure joueuse africaine 2019. Une joueuse comme Asisat Oshoala, même remplaçante au Fc Barcelone, a plus de valeur qu’une Ajara tout feu tout flamme chez les Norvégiens de Valerenga », continue notre source. La compétitivité en sélections nationales de ces joueuses exilées peut aussi être interrogée. « Le niveau de certains de ces championnats exotiques est très faible et nos compatriotes ont souvent tendance à les survoler par leur talent. Elles ont ainsi l’illusion d’une progression physique et technique. De plus, elles disparaissent des radars car la plupart des compétitions dans ces pays ne sont pas médiatisées. Il devient donc difficile pour les sélectionneurs et les journalistes de les suivre », affirme Christian Djimadeu, journaliste sportif .

Précarité

Intarissable sur le niveau de notre championnat qui n’offre pas de visibilité à nos joueuses, notre fameux intermédiaire oublie justement un point essentiel : son rôle. Le phénomène des agents véreux qui bradent les sportifs chez les hommes est exactement le même chez les filles. « Agents » étant un bien grand mot pour désigner ces hommes et femmes qui tournent autour des joueuses, tels des rapaces. Des entraîneurs souvent, des sélectionneurs nationaux quelques fois, des « observateurs » aussi, des arbitres et autres présidents de clubs qui jouent les relais entre elles et des agents étrangers. La précarité ambiante des joueuses issues presque souvent de milieux défavorisés, le championnat toujours amateur malgré l’avènement de la Ligue spécialisée et des efforts de structuration dans les clubs les plus en vue font en effet des footballeuses des proies faciles. Et silencieuses dans un milieu où il ne fait pas bon de trop se plaindre. « J’ai été contactée par des Marocains, des Français, des Portugais qui me proposaient des contrats dans des pays bizarres et des conditions que j’estimais mauvaises », affirme ainsi une joueuse préférant rester dans l’ombre.

Les témoignages tournent autour de propositions presque similaires : entre 300 (196 500 F) et 500 (327 000 F) euros de revenus mensuels, un logement et deux repas quotidiens assurés, ainsi que le billet d’avion. C’est à peu près tout. Et c’est déjà suffisamment généreux. « Parfois, on te dit qu’on va discuter des clauses du contrat sur place. Certaines acceptent pour se sortir de la misère. D’autres sont chanceuses et arrivent en à vivre. Mais c’est souvent au prix de gros sacrifices », affirme une autre footballeuse. Avant d’ajouter : « Sincèrement, ce que nous vivons dans nos équipes au pays est tellement difficile car chaque président décide de son mode de fonctionnement. Mais moi, je préfère continuer à galérer ici ». Pour le moment du moins .