Boxe : Cinquante ans dans la ruine

Le Jour : David Eyenguè mardi 16 juin 2020 03:03 595

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La salle d’entrainements qui a vu passer tous les champions du monde camerounais est dans l’oubli depuis des décennies, malgré son entière disponibilité aux nouvelles générations.

Cinq jours sur les sept de la semaine, la salle de Boxe au départ salle de l’unité de New Bell qui a été rebaptisée salle du Dr Kuissi Martin en 2019 est toujours ouverte aux entraînements de boxeurs et autres sports de combats comme le mu taï. Cet espace situé à l’intérieur du centre de jeunesse de New bell a été ouvert en 1970 et a vu passer tous les boxeurs Camerounais qui ont déjà soulevé une ceinture mondiale. Mais, n’importe quel visiteur n’a pas envie d’y passer plus de dix minutes. L’état de décrépitude du lieu n’est pas la chose qui donnera envie de prolonger la visite. Et pourtant, Jean Paul Mognemo continue d’entretenir l’espoir de plus d’une trentaine de jeunes boxeurs qui viennent s’entrainer trois fois par semaine : « Cette salle a été construite en 1970 pour les boxeurs comme Joseph Bessala, Alphonse Bessala, Kamwa Dieudonné, Mouagne Ebenezer, Billè Gérard, Abang Antoine, Odong Ernest, Bedouane, Bodio Enoua, qui pour la plupart, revenaient des jeux olympiques de Mexico en 1968. Et depuis, elle a commencé à se détériorer petit à petit ».

Construite dans les conditions modernes de l’époque, la salle a été réceptionnée sans ses vestiaires pour les athlètes, sans les toilettes pour les spectateurs. François Mayo, l’entraineur national des jeunes est pourtant toujours présent aux séances d’entrainements avec ses enfants de Gabelou Boxing club de Douala et ceux de Sawa Boxing club de Jean Paul Mognemo. Les deux techniciens savent mieux que quiconque, que l’état des lieux ne doit pas décourager les acteurs. Et pourtant, « on aurait encore de meilleures performances, si les dirigeants pouvaient améliorer les conditions de travail. Le ring que nous utilisons a été fabriqué par Ngandjong Magloire depuis des années, mais n’est pas à la dimension que nous souhaitons, les dimensions olympiques. Ses poteaux ne sont pas en acier, et il pleut sur le ring à la moindre petite pluie », nous précise François Mayo.

Toutes les compétitions de boxe de la ville de Douala sont pourtant organisées ici depuis des années, et plusieurs ministres des sports sont souvent passés là, sans que rien ne soit fait : « Trois ministres des sports sont venus présider certaines compétitions dans cette salle, et sont repartis avec les doléances des entraineurs, sans suite. Augustin Edjoa, Michel Zoah et Wilfried Etame Massoma sont passés dans cette salle et ont promis des réfections. On attend toujours », nous précise Mognemo. Plusieurs champions du monde formés dans cette salle sont venus faire quelques retouches isolées, chacun en son temps : « Bika Sakio a refait la peinture et l’électricité il y a quelques années, et Carlos Takam nous a ramené quelques sacs de boxe et d’autres matériels », nous éclaire Mognemo.

La salle du Dr Kuissi Martin est abandonnée même par les maires successifs de l’arrondissement de Douala 2ème dont l’hôtel de ville jouxte l’enceinte : « Tous les maires n’arrivent ici que pour les meetings politiques, utilisent la cour de cette enceinte, personne ne fait un tour dans la salle », a conclu Jean Paul Mognemo qui, malgré l’état de ruine, continue de former des champions du monde de la discipline. Même cette année 2020, le Cameroun est encore parmi les rares pays au monde qui vient de qualifier trois boxeurs pour les prochains jeux olympiques.