Nchout Njoya Ajara : Je compte me marier et faire des enfants

Mutations : Claude Olivier Banaken mardi 12 mai 2020 08:47 1598

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Bien qu’étant encore en activité, l’attaquante des Lionnes indomptables se projette déjà sur l’après-carrière.

Comment t’organises-tu en ce moment entre confinement, reprise des entraînements et jeûne du mois de Ramadan ?
Ça ne me dérange pas de m’entraîner en cette période de Ramadan puisque je suis déjà habituée. J’ai commencé à respecter le mois du Ramadan à l’âge de 10 ans, toutefois, lorsque nous sommes en plein championnat, je prends la peine de mettre un terme au jeûne et de me rattraper à la fin du championnat.

Parlez-nous de vos débuts de footballeuse et des difficultés rencontrées au sein de la famille en tant que jeune fille musulmane.
J’ai commencé à jouer au football dans mon village à Foumban (région de l’Ouest-Cameroun, ndlr). Chaque fois, pendant la période des vacances, je participais à des championnats dénommés « inter-quartiers ». En 2006, j’ai disputé la Coupe top avec les garçons parce qu’à cette période, je ne savais pas qu’il existait un football féminin. Au terme de cette compétition, j’ai été retenue pour le centre de formation des Brasseries à Bafoussam. Camer-sport.com Seulement, la famille s’est opposée à cette idée parce que j’étais mineure et je ne pouvais pas aller vivre au milieu des garçons puisque à cette période il n’y avait pas une section féminine aux Brasseries. C’est ainsi que la famille a commencé à m’interdire la pratique du football. Mon papa avait donné des ultimatums à ma mère qu’elle ne me laisse pas jouer au football pour le bien de leur couple. Tout le monde disait qu’une femme musulmane ne doit pas jouer au football, puisque la religion passe avant tout. Il te faut absolument des gens qui t’encouragent pour t’en sortir. Heureusement que certains oncles qui ont cru en moi ont pu convaincre mes parents de me laisser vivre mon rêve. En 2007, j’étais en vacances chez ma grand-mère à Douala, lors d’un championnat de vacances, j’ai été détecté par un certain M. Eloundou, président du club Frantz Rolisec, avec qui je me suis engagée. En 2008, j’ai été détecté par Enow Ngachu, à l’époque, sélectionneur national de toutes les catégories féminines de football du Cameroun. En 2010, j’ai signé mon premier contrat professionnel en Russie où j’ai passé trois saisons au Fc Eningia. Et en 2014, je suis allée aux Etats-Unis pour deux saisons. En 2016, j’ai mis le cap sur la Suède pour deux saisons également avant de signer en Norvège où je suis actuellement au Fc Valerenga.

Comment fais-tu pour associer ta vie professionnelle à la vie familiale ?
Je n’avais que 18 ans lorsque je suis devenue joueuse professionnelle et tous ce qui m’intéressait à ce moment, c’était de jouer au football. Toutefois, après chaque rencontre, j’essaye d’appeler la famille pour la rassurer que tout se passe bien. Aujourd’hui, j’encourage les familles à laisser leurs filles pratiquer ce beau métier, de croire en elles. Aujourd’hui, je gagne ma vie en jouant au football. Avec du travail et de la détermination, toute jeune fille peut y arriver.

Comment as-tu vécu ta non-désignation pour le titre de ballon d’or féminin 2019 ?
Je pense que j’ai fait une saison remarquable. Je ne vais donc pas appeler cela échec. Il y a des votants qui ont décidé qu’il y avait meilleure que moi. Je vais tout simplement continuer à travailler, en espérant que les prochaines années seront bonnes.

N’aviez-vous pas l’impression que vous manquez de reconnaissance sur le plan international, en tant que footballeuse africaine ?
Je dirais simplement que j’ai encore beaucoup à prouver, parce qu’il y a aussi beaucoup de bonnes joueuses dans le monde et qui ne sont pas également récompensées comme moi. Je vais continuer à travailler, donner le meilleur de moi en espérant avoir des récompenses.

A quoi est dû votre échec au dernier mondial face à l’Angleterre ?
S’agissant de ce match, l’arbitre refuse injustement mon but. Ce qui nous a révoltées, c’est le fait qu’on lui demande d’utiliser la VAR, qui en réalité était là pour tout le monde. Mais, elle a catégoriquement refusé. Lorsque j’ai revu l’action, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de hors-jeu et c’est regrettable de nous éliminer de la sorte.

Après votre élimination pour les Jeux olympiques face à la Zambie, quelles sont vos chances contre le Chili aux barrages ?
Vous savez tout est possible en football. Le Chili est une bonne équipe à prendre au sérieux. Je connais juste la gardienne qui joue au Paris saint-germain (Psg). Mais nous avons nos chances de qualification. Il faudra aller la chercher au stade. Pour cela, il nous faut de la détermination.

Lors de votre (sélection nationale du Cameroun, ndlr) dernière rencontre face la Zambie, plusieurs voix se sont élevées pour accuser l’équipe zambienne d’avoir aligné des hommes dans le jeu. Vous étiez du même avis ?
Sincèrement, je ne sais pas si c’est des hommes ou des femmes. Je me rappelle qu’en 2018, la capitaine zambienne n’a pas joué la Coupe d’Afrique des nations (Can) féminine parce que la Confédération africaine de football (Caf) avait demandé qu’elle fasse des examens pour se rassurer qu’elle est bien une femme. A présent, des gens disent qu’elle a plus d’hormones homme que femme. Mais bon, aujourd’hui cette fille joue en Europe, je ne sais pas si dans son club, elle a également passé des examens ou pas. De toutes les façons, attendons le dénouement de cette affaire.

Certains estiment de plus en plus que le monde du football féminin est le lieu où se déroulent certaines pratiques comme le lesbianisme…
Vous savez, dans le monde du football on pense toujours que les footballeuses sont des garçons manqués. Mais je vous rappelle qu’il y a des footballeuses qui ont juste la morphologie masculine, pourtant à la maison si on vous dit qu’elle joue au football vous n’allez pas croire. Je pense réellement que les gens doivent arrêter de croire que les footballeuses sont des lesbiennes, parce que dans tous les domaines, on trouve le phénomène d’homosexualité. Mais les gens se retournent sur le football féminin parce que la morphologie des filles donne cette impression. Une footballeuse n’est pas forcement homosexuelle. Pour ce qui me concerne, je ne suis pas encore mariée. Je compte me marier et faire des enfants après ma carrière parce que j’ai encore certains objectifs à atteindre.

Parlez-nous de vos relations avec Gaëlle Enganamouit
J’entretiens de bonnes relations avec Gaëlle Enganamouit. C’est ma génération, nous sommes entrées à l’équipe nationale en 2008. Avec les autres filles, aujourd’hui nous formons un bon groupe, même hors sélection, nous restons en contact parce que nous sommes désormais une famille.

Pensez-vous que le football féminin puisse perdre sa valeur au Cameroun et dans le monde à cause du coronavirus ?
J’ai vraiment peur que nous arrivions à ce niveau parce que cette pandémie a véritablement surpris tout le monde. Je ne pensais pas qu’un jour on pouvait demander aux gens de rester chez eux. Mais comme le football féminin en lui-même était encore en construction dans notre pays en particulier, peu importe le temps que ça prendra, on espère que cette discipline va décoller et arriver au même niveau que le football masculin. Pour cela, il faut que les dirigeants des clubs continuent de travailler, avec l’appui des membres de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), qui doivent implémenter une bonne politique de développement du football féminin, comme ils ont si bien commencé en créant une ligue spécialisée pour le football féminin au Cameroun.

Est-ce pour cette raison qu’on vous a vu plusieurs fois vu mettre la main dans la patte en faisant des dons çà et là ?
A mon petit niveau, j’essaye de tendre la main aux nécessiteux. Nous avons plusieurs projets qui arrivent dans ce sens. Notre objectif, mon équipe et moi, c’est de donner du sourire à ceux qui sont dans le besoin. C’est aussi pourquoi vous me voyez beaucoup chez le Sultan, qui est un père pour moi. Il me soutient énormément .