Jeannot Ngoué : “J’ai joué avec Yannick Noah”

Le Jour : David Eyenguè vendredi 3 avril 2020 11:15 956

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A bientôt 67 ans, cet ancien joueur de tennis n’a pas encore raccroché ses raquettes ; il a un défi avec les plus jeunes qui peinent à l’envoyer à la retraite.

Comme tous les enfants de sa génération dans la ville de Yaoundé, Jeannot Ngoué avait le choisi le football et le pratiquait bien. Jusqu’à ce fameux jour d’un écroulement de la tribune du stade de l’Hippodrome : « Il y a eu écroulement du stade et la catastrophe a fait plus de 200 morts, et nos parents nous ont interdit le football en particulier, et le sport en général. Aucun jeune ne faisait plus de sport, après la catastrophe du stade de l’Hippodrome ». En cachette, le jeune profite de la proximité de la maison familiale avec le tennis club de Yaoundé, pour y faire son lieu de distraction. Ramasseur de balles, puis relanceur, pour terminer comme joueur.

Dans sa cachette, il gagne même son premier trophée : « Je gagne ma première finale au tennis, tout le monde est au courant, sauf ma famille. C’était des gobelets, un tableau de jeu de lido, pas très consistant comme trophée, donc on pouvait le ramener à la maison sans problème ». Des années passent, et le jeune garçon s’approprie la discipline qui lui ouvre les portes. Jeannot Ngoué tutoie les meilleurs joueurs du circuit national de sa génération, même s’il n’a pas gagné un trophée de coupe du Cameroun tant espéré : « j’ai eu des adversaires comme Onguéné et Zachari Mougnol en finale de coupe du Cameroun une dizaine de fois. J’ai gagné des tournois de jeunes, mais pas une finale nationale en senior ».

Malgré les échecs en de nombreuses finales consécutives, le jeune garçon est pisté par un grand dirigeant : « Le PDG de Cameroon Airlines, feu Mouliom Difendjou, me demande de revenir à Douala pour relever le niveau du tennis. Et me fait signer mon premier contrat à Cameroon Airlines. C’est le tennis qui m’a tout donné ». Lors de ses multiples voyages en France, il rencontre de temps en temps son ami d’enfance Yannick Noah dont il se rappelle le jour solennel où ils ont partagé le même court : « Quand le feu Arthur Asche arrive au Cameroun, j’étais sur les courts avec Yannick Noah. Il était de six ans plus jeune que moi, et tapait déjà très bien dans la balle ». Devenu très célèbre, Yannick Noah lui a souvent offert des billets de grande tribune pour ses matches de coupe Davis à Paris, et Ngoué Jeannot en est très reconnaissant.

A la retraite depuis de nombreuses années, Jeannot Ngoué n’a pas encore abandonné les courts de tennis. Au moins deux fois par semaine, on peut le rencontrer au Happy Tennis club de Makèpè à Douala où il fait encore des ravages : « J’aurai 67 ans cette année 2020, et c’est toujours un plaisir pour moi de me retrouver sur un court de tennis. Je me suis donné un pari. Jusqu’à ce que j’aie 70 ans, mes jeunes frères de 30 ans qui ne sont pas dans le top 20-30 au niveau national auront de la peine à me battre. Même avec des béquilles, je jouerai au tennis. Si je ne le fais pas, je serai mort ».

Une bonne formule pour ce vétéran, d’autant que la pratique du sport serait une réponse positive pour lutter efficacement contre le coronavirus.