Oryx de Douala : A jamais dans la légende

Cameroon Tribune : Alliance NYOBIA mercredi 12 février 2020 14:22 1067

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L’équipe remporte la première coupe d’Afrique des clubs champions en février 1965, et propulse le football camerounais dans une autre dimension.

Un jour. Une date. Le point de départ d’une histoire. Le 7 février 1965 à Accra au Ghana, l’Oryx de Douala bat en finale de la toute première édition de la coupe d’Afrique des clubs champions, le Stade malien par 2 buts à 0. La nouvelle fait chavirer de bonheur les Camerounais qui montrent déjà de l’intérêt pour ce sport. Les joueurs, certes, sont contents, mais n’imaginent pas encore vraiment la portée de leur exploit. Ils en prendront la pleine mesure à leur retour au pays, plus précisément à Douala, le 9 février.

Maurice Epete, ancien sociétaire puis capitaine de l’Oryx, de 1961 à 1975, qui coule une retraite paisible à Bonapriso et fêtera ses 77 ans le 24 août prochain, s’en souvient avec émotion. « Nous avons été accueillis comme des héros ! Une entreprise de la place avait mis à notre disposition un bus pour le tour de ville et la population était sortie en masse pour nous acclamer. Les routes étaient pleines de monde », confie-t-il à notre reporter, l’air de revivre ces moments uniques. Si le Cameroun avait beaucoup d’affection pour le football, on peut dire qu’il en tombe amoureux à cette occasion. Les joueurs de l’Oryx, Samuel Mbappé Lepe, Emmanuel Koum et autres Richard Eleme, dit « Ricardo », vont vite s’en rendre compte.

Dès le prochain entraînement du club, sur le terrain qui était en contrebas du lieudit Sonel Koumassi, le site est envahi par le public. Personne n’avait jamais vu ça pour une séance d’entraînement. Sauf que personne n’avait jamais vu de champion d’Afrique non plus. Et les gens, se souvient encore Papa Epete, « voulaient voir les champions d’Afrique ». Et pas qu’aux entraînements, bien entendu. Les matches de l’Oryx ont commencé à attirer plus de monde dans les stades. Et puis, de manière plus générale, le public s’est mis à davantage aller au stade. « Cette victoire à Accra a boosté la passion du football au Cameroun. Elle a été un déclencheur », estime l’ancien capitaine de l’Oryx.

Au final, une belle réussite derrière laquelle se cachait un secret simple : la solidarité entre coéquipiers et la rage de vaincre. Un état d’esprit qui ne devait rien au gain financier. D’ailleurs, sur ce plan, l’ancien joueur estime que les acteurs étaient « plutôt à plaindre ». Avec des primes d’entraînement de 500 F et de victoire de 1000 F, même pour l’époque, ce n’était pas faramineux, loin s’en faut. Ils avaient donc comme moteur l’envie de gagner, la foi, la volonté, le fameux « Jemea » de l’Oryx, sorte de précurseur du « Fighting Spirit » des Lions indomptables. A ce sujet, Maurice Epete estime que la cuvée des Lions de 2017, vainqueurs de la CAN au Gabon, avait justement manifesté ce « Jemea ».

A côté des joueurs soudés, il y avait des dirigeants soucieux de défendre l’honneur et les couleurs de l’équipe. Mais aussi près des footballeurs, prompts à écouter leurs doléances, à leur apporter de l’aide. « L’Oryx était comme un symbole autour duquel les gens s’unissaient, se fédéraient », indique encore Maurice Epete, qui saluera au passage la mémoire de Mbappe Lepe, « un grand homme, doublé d’un très grand joueur, qui, balle au pied, avait tout le stade dans la tête. » Une légende dans un club de légende. L’histoire, forcément, allait en être marquée .