Le dernier cliché de Maurice Ebanga

Cameroon Tribune : Thiéry Gervais GANGO mercredi 29 janvier 2020 14:03 469

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Le photoreporter de sport est décédé des suites de maladie hier aux aurores à Yaoundé.

«La photo de sport est audessus des autres. Elle demande plus de magie dans un univers où l’on retrouve beaucoup de génies c’est vrai, mais presqu’autant de marabouts. » Le point de vue est celui de Maurice Ebanga, photojournaliste de sport camerounais décédé hier matin à l’Hôpital général de Yaoundé, des suites de maladie. La nouvelle de son décès a fait le tour des réseaux sociaux, avec photos et messages de tristesse, d’émoi, de douleur, de peine et souvent de regrets éternels.

A Mvog-Ada, quartier populaire de la capitale, son « village » qu’il sublimait, sa Starlet est garée, habillée de poussière. Elle que le propriétaire baladait dans la capitale, de jour et de nuit, dans ses moindres recoins et parfois ses alcôves, de résidences privés en boîtes de nuit, en passant par restaurants, tournedos, salles de jeu, cabarets, salles de fêtes, lieux de spectacles où il filmait tous azimuts, faisait les recouvrements de manière désinvolte et saisissait, en mitraillant, tant de scènes de vie et de moments inoubliables. « S’agissant de ceux qu'il connaissait, avec ou sans leur consentement, Ebanga filmait à toutes les positions. J'insiste. Toutes les positions », se souvient Junior Binyam, journaliste. « Il filmait tous les évènements de la famille, sans demander de payement. C’était sa contribution. Il faisait ça par passion, par devoir et par amitié », confie Me Xavier Menye, le camarade de classe du Lycée Leclerc qui a accouru à Mvog-Ada.

« Il a su s'imposer là où on lui a tout refusé ou presque... Certains le traitaient avec beaucoup de condescendance, mais lui faisait toujours son travail », se souvient la journaliste Marie-Françoise Ewolo. En se foutant parfois de la gueule « de ces hypocrites » à qui il faisait volontiers politesse de sa langue qui connaissait rarement des dimanches et des fériés.

« Il n'y a pas un seul footballeur, un seul club, un seul dirigeant de football, des années lointaines à nos jours, qui n'ait subi le flash taquin de cette grande gueule... Il était capable de capter les images les plus incroyables, les moments uniques. Il était le prototype abouti du reporter photo », témoigne Martin Camus Mimb, journaliste sportif qui fait sans doute référence au palmarès exceptionnel de l’homme. Lancé dans la photographie de sport en 1990, il a en effet manqué peu de compétitions d’envergure : sept Coupes du monde, trois Jeux olympiques, deux Coupes des Confédérations, etc. Et, surtout, plus de participation à la CAN que l’équipe nationale. Il en a couvert même lorsque le Cameroun, sa passion avec le football et la belle vie, n’était pas qualifié.

Né le 7 octobre 1964, il s’en va en laissant un monde du sport endeuillé, une épouse et la compagne de toujours, Bernadette, éplorée. Ainsi que plusieurs enfants et amis, interdits.